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Fruit d'un travail collectif de sociologues et de politologues, cet ouvrage, qui repose sur les résultats d'une enquête issue de la DARES (Ministère du Travail), vient donner
quelques éclairages fort instructifs sur les pratiques actuelles d'une conflictualité qui repart nettement à la hausse.
Il invite tout d'abord à reconsidérer les indicateurs traditionnellement utilisés par les statistiques administratives pour mesurer la conflictualité dans les entreprises (Journées
Individuelles Non Travaillées pour fait de grève).
Car au delà de la grève, ce sont de multiples formes de protestation qui s'expriment au quotidien sur les lieux de travail. Celles-ci vont de la simple pétition au refus d'effectuer des
heures supplémentaires en passant par les débrayages et autres "grèves du zèle".
Les auteurs citent également un ensemble de phénomènes individuels (absentéisme, démarche aux prud'hommes, application d'une sanction, ...) qui vient se combiner à
ces formes collectives de protestation. La dichotomie convenue entre l'engagement inhérent à l'action collective et le retrait / désinvestissement de ces phénomènes
individuels n'en parait alors que plus discutable pour qui veut concrétement saisir les divers mécanismes de contestation à l'oeuvre dans le monde du
travail.
Notant sans surprise que la présence d'organisations syndicales accroît la probabilité de conflits, les auteurs observent également que ces dernières jouent un rôle prépondérant dans les
relations sociales au sein des entreprises. Qu'il s'agisse du travail de mise en forme des mécontentements, de la construction d'actions revendicatives ou des négociations menées avec
l'employeur. L'opposition factice entretenue par certains entre culture du conflit et culture de la négociation ne se vérifie donc pas dans la réalité. L'une et l'autre
vont très souvent de pair.
Dans le même ordre d'idée, loin d'avoir écarter les syndicats et fait diminuer les conflits comme l'espéraient ses promoteurs, les nouvelles méthodes de management fondées sur la "participation"
et une plus grande "responsabilisation" des salariés, sont à l'origine d'une plus grande conflictualité à l'intérieur des entreprises.